| (....)C'est ce que, à peu près seul, M. Girieud a osé tenter. Il a composé une tentation de Saint Antoine qui paraît d'abord criarde mais qui révèle une à une ses ses solides et substantielles qualités, beaucoup de travail et de recherche intelligents. C'est un gros effort et un très intéressant résultat, dont on sent l'agrément quand on se rappelle les toiles symbolistes d'antan et la valeur quand on se laisse envelopper de ses souvenirs des arts orientaux. Il faut bien se rendre compte que le sujet imposait la stylisation du vitrail, tout en invitant à donner, avec la véracité nécessaire des tons, l'impression d'une figuration d'une tapisserie d'orient. Grâce à tout cela, les côtés canoniques et asiatiques - momie et idole - de la religion sont exprimés avec relief, dans une association de réminiscences gothiques, égyptiennes, grecques et hindoues, avec un luxe disparate et chaud de bazar d'Orient, une compréhension d'analogies faisant rassembler des choses qui ont entre elles outre des rapports de couleurs et de ligne des rapports d'évocation et une imagination riche, ingénieuse à enrouler, près d'arums,des serpents d'une rutilante couleur vénéneuse et à poser près de la courtisane hiératique l'immobile et chaud cacatoès, sot et si éloquent de couleurs. Au fond, dans cette toile dont l'harmonie générale est une tonalité volcanique (un surgissement de tout ce qu'il y a du porphyre intérieur de la Terre dans la faune et la flore extérieures) s'entasse une casbah syrienne ardente au couchant, se déroule comme un tapis mobile un occident en feu d'un flamboyant plumage. Il est inadmissible que ceux-là mêmes dont le goût parisien modéré ne veut pas aimer ce genre de peinture exotique ou qui voient les défauts assez nets de cette oeuvre ne songent pas à féliciter M. Girieud de sa consciencieuse audace et n'attendent beaucoup de lui. (...) |