| .... C'est pour la raison contraire que les murs manquent - manque encore - à M. Pierre Girieud. Les qualités positives et négatives de M. Girieud sont précisement les vertus dont est privé M. Denis et les défauts dont il est exempt. M. Denis cherche le style classique du côté de Pompei, après avoir, un temps, l'art chez Gauguin. C'est chez Gauguin aussi que M. Girieud a étudié. Mais les conseils du Maître, en se personnalisant chez l'élève, l'ont mis sur la voie de la grande tradition, pure autérement, magnifiquement puissante, et ses préoccupations cheminent des grandes fresques de Sienne aux grandes figures de la Grèce archaïque et de l'Egypte. Son art est surtout cérébral; plusieurs diront littéraire, qui voudront le blâmer et, réellement, le loueront, car qu'est-ce que l'art littéraire, pourvu qu'il ne brusque pas ses limites providentielles, sinon le grand art, celui qui suscite la pensée en la rejoignant par les moyens plastiques? Il fut une heure, dans la carrière de M. Girieud, où des préoccupations spirituelles trop exclusives menacaient de le gêner, de le réduire, plastiquement; le désir du style l'amenait à la monotonie des formes, à la pauvreté des couleurs. Il a éludé ce danger. Sans que sa vie intérieure perdit rien de sa personnelle intensité, il est revenu à l'étude directe de la nature, et les lignes synthétiques de ses grandes figures ont repris la consistance et le ton de la vie. Si, du moins, on retrouve dans les Baigneuses quelques traces encore d'une erreur où il aurait pu sombrer, ce n'est plus qu'un souvenir; il ira toujours s'effaçant. L'oeuvre nouvelle a la grâce de la force. Décorative, absolument, elle brise son cadre, elle sollicite le pan de muraille, comme ces vitraux, - l'Eau, La Terre et l'Air, appellent bien réellement la destination qu'ils formulent et non pas des faux semblants de vitraux, des prétexte à peinture.
Jamais artiste décorateur ne fut plus expréssément désigné par ses dons, comme par la joie studieuse qu'il goûte, on le sent, à les mettre en oeuvre..... |