| Pierre Girieud, il y a quinze ans, avait déjà les préoccupations des jeunes artistes d'à présent. Il travaillait à un retour du paysage composé, alors qu'à cette époque l'impressionnisme, le goût du morceau, de la note fugitive brillaient d'un vif éclat?
Nous nous souvenons être allé le voir dans son atelier rue des Saules, à Montmartre.
Il avait rapporté de Sienne des paysages peints avec un grand souci de composition, mais déjà des figures aux formes harmonieuses se groupaient dans ses toiles d'après une belle ordonnance. Il serait curieux à présent de revoir la Tentation de Saint Antoine, qui groupait d'innombrables personnages. Hélas! cette oeuvre importante est perdue pour tout le monde. Exposée à Moscou, la police des tsars la jugea subversive et la fit recouvrir de céruse. L'indemnité que reçu Girieud ne le consola pas de la perte de son tableau.
A présent, l'exposition qu'il fait de ses dernières œuvres, à la galerie Rosenberg rue de la Boëtie, atteste le magnifique effort qu'il a fait pendant les années qui viennent de s'écouler. Il a réaliser ce qu'il avait conçu pendant la guerre et nous montre ainsi de grandes compositions où des figures nues composent des groupes harmonieux dans de calmes paysages. Une grande impression de repos, de sérénité, de calme se dégage de ses œuvres solidement établies où rien n'est laissé au hasard. S'il fallait à tout prix évoquer, en parlant de Girieud, les maîtres qui lui ont montré le chemin, nous nommerions Cézanne et les Primitifs. Mais, Girieud n'a pas besoin d'être rattaché à des glorieux aînés, sa personnalité est assez grande, soit qu'il traite d'un sujet d'histoire ou de mythologie, prétexte à figures harmonieuses, dans un paysage composé, soit qu'il peigne des fleurs et des fruits, ou encore le portrait de Stival.
En d'autres temps, Pierre Girieud aurait sans doute été attaché à la Maison d'un grand seigneur, amateur de belles choses. Quelle magnifique demeure aurait été celle que le peintre, pour son mécène, aurait décoré! Pierre Girieud serait un admirable dessinateur de tapisserie, un fresquiste puissant, un splendide peintre de vitrail. Les essais qu'il a tentés dans ces genres différents ont été concluants. Pourquoi notre époque aura-t-elle été si peu clémente aux grands décorateurs? Ce sera une question que se poseront peut-être les historiens de demain. |