| Quelles sont, parmi les innombrables expositions ouvertes depuis une huitaine, celles qu'il y a lieu de retenir? Pierre Girieud d'abord, chez Melle Weill (46 rue Lafitte), Girieud, comme Dufrénoy, comme Laprade, appartient à cette génération d'artistes ayant dépassé la quarantaine, qui succèdent, dans l'estime affectueuse des connaisseurs, à la génération Roussel, Bonnard, Vuillard, Matisse. Il a débuté il y a quelques vingt années aux Indépendants, et je me souviens de son hommage à Gauguin, qui fit jadis sensation aux baraquements des Serres de la Ville. Dès ces temps lointains, Pierre Girieud, réagissant contre la notation immédiate de l'éphémère, soit contre l'esthétique impressionniste, attestait son vouloir de composition et de cadence; de même répudiât-il les virulence des fauves; nul n'était plus pénétré de l'enseignement des italiens d'avant la Renaissance, puis de Nicolas Poussin et de Camille Corot; son attitude réservée, digne et fière,son éloignement des coteries, son horreur des billevesées théoriciennes, fit de lui un isolé, qui ne connut pas les brillants succès sans lendemain; il travaillait lentement, attendant son heure sans hâte ni fièvre.
D'une culture approfondie, contrastant avec l'ignorance agressive des primaire, il se nourrissait des maîtres du musée, des poètes, de l'histoire sacrée et profane, de la légende; ses amis, ceux qui les premiers le comprirent, furent Charles Morice et surtout Joachim Gasquet; nous vîmes de lui des toiles où revivait l'esprit des primitifs ombriens et siennois; comme Denis, comme Flandrin et Laprade, il vécut en Italie, et bénéficia de la leçon qu'ont si rarement senti les pensionnaires de la Villa Medicis; je me souviens de sa Danse des fille d'Israël en vue de la terre promise, de Ruth et Booz, d'une interprétation personelle des Trois grâces Piccolomini, annonciatrices de ces nobles lithographies des Princesses de la Fable et de la Bible, où les mythes et les légendes, servis par le plus savant et libre métier de graveur, s'inscrivaient en formes et volumes d'un parfait équilibre. Mais, bien qu'il eût parfois un goût trop vif pour le style préconçu, il ne négligeait jamais de s'appuyer sur une fervente observation du réel et de la nature, témoins ses admirables paysages toscans, ses études patientes et véridiques des dômes et des cloîtres de San Giminiano. Le voici, aujourd'hui, parvenu à la maîtrise, et ses trente trois toiles de la galerie B. Weill sont l'épanouissement d'une maturité féconde et opulente. Voici des paysages provençaux d'une technique savante et libre, d'un dessin musclé à la fois et souple, riche et sobre; les ciels, les ruines féodales, les toits rouges des petites maisons de Moustiers et de Tourves, les églises, les vallons ombreux, les collines, les frondaisons de l'olivier argenté s'accordent en harmonie discrète, en juste rapport; le ton est délicat, la plénitude assurée. Pierre Girieud, sans l'avoir cherché, par le développement lent et logique d'une pensée plastique sûre de soi, est parvenu au premier rang; il est un de ceux qui auront contribué à cette renaissance classique révée par notre Gasquet. Outre ses sites et ses nus, sonores et d'un volume sculptural, Girieud montre les maquettes de deux compositions qu'il destinait à la Cour des Métiers de l'Exposition internationale et dont MM. Bonnier et Plumet n'aperçurent point la beauté; on y retrouve l'ardent lyrisme et la science consommée des fresques fameuses de Pradines, où l'artiste travailla aux côtés de Dufrénoy et d'Alfred Lombard, et qui marquent une date dans l'histoire de la peinture décorative contemporaine. Une fois de plus, déplorons que l'Etat n'utilise pas à l'effet d'orner ses monuments, les meilleurs artistes de l'époque. Et signalons à notre cher et éminent Gustave Geffroy ce Pierre Girieud qui lui donnerait de splendides cartons de tapisserie |