| Si j'étais le ministre des Beaux Arts, je me rendrais à la Galerie Druet, et (après avoir acheté pour le Luxembourg un lumineux petit paysage des Alpilles ou de Moustiers Sainte-Marie), je dirai à Pierre Girieud : "Vous avez un talent grave, probe et pur; les figures que vous tracez sont d'un beau style, vos interprétation de Tintoret et Rubens attestent l'étendue de votre savoir technique; quant à vos sites provençaux, tout le monde est d'accord pour déclarer qu'ils sont parfaitement exquis, de cadence, de plénitude, de vérité. Ces pics escarpés, ces vallées profondes, qui, chez un autre, serviraient de fond de décor à quelque tragique chevauchée de Walkyries, votre âme sereine, les dons de calme et tendre noblesse. Vous êtes un classique au métier moderne, vous avez compris la leçon de Cézanne : "Faire du Poussin sur nature". Or donc, Pierre Girieud, comme vous avez tantôt cinquante ans, que votre carrière est d'une admirable rectitude, je vous apporte la Légion d'Honneur, que ce serait bien, juste, et élégant!
Malheureusement, le ministre, plutôt que de décorer un Pierre Girieud, va signer une promotion où nous lirons les noms de divers sagouins sous-académiques. Et Girieud, qui n'a rien demandé, retournera, en sage qu'il est, à l'atelier de la rue de Lauriston où il se remettra d'ailleurs au travail avec joie. En commentant sa très belle exposition, qui obtient un succès considérable, j'ai oublié de parler de ses portraits qui sont vrais et expressifs; on se souvient de ceux de Gasquet et de Georges Duhamel; vous verrez chez Druet le visage fier de ce magnifique poéte qui est notre Fernand Mazade. |