| Pierre Girieud, dans sa Provence natale, avait dès longtemps deviné la majesté mesurée et sereine de la Grèce.
Les Alpilles lui avaient prêté les sujets du meilleur de son œuvre, ses paysages, paru fois animés, on peut dire achevés et définis par la présence d'un pâtre grave comme un demi- dieu ou celle d'une divinité antique, éclose des formes de la nature ainsi que dans la toile de Poussin, Acis et Galatée, le cyclope Polyphème à la fois sort de la montagne sicilienne et se confond avec elle. Ces ouvrages sont si helléniques qu'ils semblent interpréter les collines d'entre Avignon et Marseille à travers des souvenirs de l'Attique que le peintre n'avait jamais vue.
Dans la plénitude des forces, Girieud vient enfin de faire en Grèce morne le voyage que toujours il avait désiré très ardemment. Il en a rapporté une vingtaine de tableaux qu'il expose cette quinzaine à la galerie Druet. Voilà bien le sommet de l'oeuvre de l'artiste. Petites toiles mais d'une admirable grandeur. Elles évoquent tous les paysages les plus sublimes de la terre, des temples et des dieux : l'Acropole d'Athènes, présentée sous tous ses points de vue, dont plusieurs seront nouveaux, même pour les pélerins qui l'auront visitée.
Delphes avec les ruines de ses "trésors" dans son âpre gorge rocheuse; Nauplie, assise au bord de la plus harmonieuse mer; la "sainte Délos"; Epidaure où tant de théories de malades vinrent invoquer Esculape... Une fleur de grâce mâle et pure est répandue, diverse et une, sur tous ces incomparables rites.
Girieud les a regardés avec un œil de peintre qui a voulu n'être que peintre, écartant de son regard toute image poétique que la poésie lui aurait pu imposer. L'émotion est strictement dépouillée, neuve comme celle d'un artiste à qui la Grèce aurait été absolument inconnue. Nul éclat de lumière ou de couleur. Rien de ces trop brillantes aquarelles qui nous ont donné une Grèce un peu flamboyante. Le ciel léger et immense s'accorde aux terrains pierreux, un peu gris, dont les vers de Sophocle ont dit la pâleur.
Girieud n'a pas appauvri sa brosse largement chargée d'harmoniques, d'ailleurs voisines du blanc; il en a seulement un peu assourdi la discrète richesse pour être plus véridique. Jamais la beauté simple et incomparable de cette contrée privilégiée n'a été traduite avec autant de sobriété et de force. Certes, les esquisses des grandes compositions murales, en place maintenant à l'université de Poitiers, et celles des décorations qu'il va peindre pour le Jas de Puyvert, ont grandeur et rythme calme, avec une sorte de rayonnement de raison dont Poussin se fût enchanté. Mais, dans leur sévérité douce, les paysages, peuplés au nom des vestiges augustes de la plus belle architecture qu'ait éclairée le soleil, et qui a su si bien s'accorder aux formes architecturales de la plus noble des terres, élevant un nom
d'une mer azurée et chenue, Un temple mutilé, comme dit Jean Moréas, ont fourni à Pierre Girieud son véritable titre de gloire |