Fiche bibliographique

René Jean - "M. Pierre Girieud proclame la beauté puissante du paysage grec - Galerie Druet "
Comoedia-n°7026--

-Paris
03-mai 1932 p.3
Contenu sur Girieud
Depuis l'époque, déjà lointaine, où il commençait à peindre, M. Pierre Girieud caressait le rêve d'aller, comme un pèlerin, méditer sur la terre où naquit notre art occidental et, a l'exemple de Renan, faire sa prière sur l'Acropole Lorsqu'enfin les circonstances le lui permirent, Pierre Girieud s'embarqua pour la Grèce. Il y vécut six mois un rêve émerveillé. Ce méridional se retrouva chez lui. Avec l'état d'âme d'un Ancien, il alla à Delphes consulter l'oracle. Il cingla vers Délos pour couler dans sa solitude des heures enchanteresses. Arrêté quelques semaines dans le .port de Nauplie, il admira la douceur marine de ce site. A Epidaure, il rendit de pieux devoirs à la mémoire d'Esculape. Mais Athènes surtout le conquit tout entier. Presque chaque jour, comme un pieux pèlerin, il montait à l'Acropole. Il l'abordait sous toutes ses faces. Il en scrutait les abords. Il étudiait le Parthénon sous tous ses angles. Il admirait, à toutes heures, les ombres mobiles qu'y créent les caresses du soleil. Il apprit par cœur les modulations de l'Erechteion sur le ciel. Il choisit, pour y loger, une maison d'où il pouvait voir à toutes heures la colline sacrée. L'atmosphère d'Athènes, il peut la décrire de mémoire Il peut dire comment varie le marbre des frontons selon que l'azur est implacable ou que se massent des nuages, selon l'heure et selon le mois. Homme heureux, il a vécu un songe qu'il se propose de revivre aussitôt qu'il pourra. Aujourd'hui, il convie ses amis. connus et inconnus, à participer à ses souvenirs d'allégresse et il expose les fruits de son premier labeur oriental, ses Paysages de Grèce. Ces paysages constituent peut-être, jusqu'à présent, le sommet de sa production. Sans doute, l'intérêt est grand de ses esquisses pour l'Université de Poitiers, sans doute montre-t-il en son exposition, pour, la première fois, des projets d'un beau rythme pour des fresques qu'il va exécuter au Jas de Puyvert, mais, ce n'en sont pas moins les vingts huit paysages de Grèce qui sont, l'essentiel de cet ensemble. C'est vers eux que l'on revient pour savourer l'union intime qu'a su réaliser avec le classicisme, un artiste contemporain. Vingt-huit paysages, petits de format, mais grands d'émotion et de foi évocatrices. Tout en eux est finesse et nuances, dans une sobriété presque austère. C'est bien la langue qu'il faut parler au sanctuaire de la Sagesse antique. Que M. Girieud emmène le spectateur devant le mont sacré où les toits moutonnants forment une ceinture d'où émergent, en offrande au Divin, les temples mi-ruinés, si parfaitement beaux qu'on ne peut croire qu'autrefois ils aient pu offrir une, perfection plus grande, ou que, devant les gorges impressionnantes et sauvages des montagnes de Delphes, il nous rappelle que là, l'architecture naturelle garde autant de. noblesse que la plus belle architecture sortie des mains humaines, toujours M. Girieud, pieusement fidèle à la Vérité, retrace ce qu'il a vu, d'un cœur humble qui débords d'amour. Jamais, à ma connaissance, le paysage grec n'a été interprété avec pareille ferveur. Jamais on en apporta parmi nous une image aussi fidèle. Ces tableaux de M.Girieud sont le noble hommage d'un artiste à la Grève mère des Arts, toujours, frémissante et féconde

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