Fiche bibliographique

Anonyme - "Double exposition à l'Atelier "
Egypte---

-Alexandrie
22-mars 1936
Contenu sur Girieud
Poursuivant la série de ses belles manifestations d'art, l'Atelier inaugurait hier, en présence d'une affluence considérable, la double exposition des œuvres du peintre français Pierre Girieud et celles d'enfants de France et d'Alexandrie. Parlons d'abord de Pierre Girieud. Voici ce qu'écrit à son sujet, notre distingué collaborateur, M. Etienne Mériel : Voici parmi nous, pour donner de précieux enseignements à nos peintres et aux élèves de notre Ecole des Beaux-Arts, Pierre Girieud. C'est un des représentants les plus illustres de cette merveilleuse floraison de peintres de toute sorte qu'on appelle l'Ecole de Paris - tout le contraire d'une Ecole, à vrai dire, puisque les tendances les plus diverses et même les plus opposées s'y réunissent. Mais pour marquer une certaine prédisposition générale à l'excellence, on a trouvé commode ce mot d'Ecole et on a eu raison. Dans cette forêt foisonnante où il est difficile de se tracer un sentier, de se ménager des clairières, Pierre Girieud s'est fait son domaine bien à lui. Et peut-être dans une région où il était le plus difficile de s'affirmer, décidément étranger aux outrances, celles de la cérébralité pure, côté cubiste, celles de la passion nerveuse et déchaînées côté Fauves, il a opté pour un climat d'ordre et de raison, disons le mot, classique. Mais, pour une fois, et voilà le miracle, ces mots ne signifient ni froideur, ni sécheresse, ni pauvreté, ni conventions apprises ou prouesse de métier. Au contraire cette discipline consciente que Girieud impose à son émotion maîtrise sans la refroidir une sensualité qu'on devine tumultueuse sous les apaisements qui la retiennent. Il y a dans les nus et dans les paysages de Pierre Girieud un goût ardent de nourriture terrestre qu'une soumission toute latine aux exigences de la raison n'affadit pas. Ce soleil, ces verdures, cette glèbe provençale, rouge, chaotique, nourricière, dispensatrice des sucs colorés, leur puissance est sentie par un tempérament qui participe à leur ardeur et qui, les transfigurant poétiquement sur la toile, y impose leur présence. Le soleil est saisi dans ses effluves générateur de sève, les verdure dans l'infinie richesse de leur poussées tendres et vigoureuses, la terre dans les tourments de son ossature, dans l'offre de son sang généreux. Et l'on ne s'étonne pas de voir les Dieux des anciens temps revenus au milieu des alpages provençaux converser et s'unir en ronde à côté des ruines où jadis on les adorait.

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