Fiche bibliographique

Mériel Etienne - "Au musée d'art moderne - L'exposition Pierre Girieud "
La Semaine Egyptienne---

-Le Caire
avril 1936
Contenu sur Girieud
Voici parmi nous, pour donner de précieux enseignements à nos peintres et aux élèves de notre Ecole des Beaux-Arts, Pierre Girieud. C'est un des représentants les plus illustres de cette merveilleuse floraison de peintres de toute sorte qu'on appelle l'Ecole de Paris - tout le contraire d'une Ecole, à vrai dire, puisque les tendances les plus diverses et même les plus opposées s'y réunissent. Mais pour marquer une certaine prédisposition générale à l'excellence, on a trouvé commode ce mot d'Ecole et on a eu raison. Dans cette forêt foisonnante où il est difficile de se tracer un sentier, de se ménager des clairières, Pierre Girieud s'est fait son domaine bien à lui. Et peut-être dans une région où il était le plus difficile de s'affirmer, décidément étranger aux outrances, celles de la cérébralité pure, côté cubiste, celles de la passion nerveuse et déchaînées côté Fauves, il a opté pour un climat d'ordre et de raison, disons le mot, classique. Mais, pour une fois, et voilà le miracle, ces mots ne signifient ni froideur, ni sécheresse, ni pauvreté, ni conventions apprises ou prouesse de métier. Au contraire cette discipline consciente que Girieud impose à son émotion maîtrise sans la refroidir une sensualité qu'on devine tumultueuse sous les apaisements qui la retiennent. Il y a dans les nus et dans les paysages de Pierre Girieud un goût ardent de nourriture terrestre qu'une soumission toute latine aux exigences de la raison n'affadit pas. Ce soleil, ces verdures, cette glèbe provençale, rouge, chaotique, nourricière, dispensatrice des sucs colorés, leur puissance est sentie par un tempérament qui participe à leur ardeur et qui, les transfigurant poétiquement sur la toile, y impose leur présence. Le soleil est saisi dans ses effluves générateur de sève, les verdure dans l'infinie richesse de leur poussées tendres et vigoureuses, la terre dans les tourments de son ossature, dans l'offre de son sang généreux. Et l'on ne s'étonne pas de voir les Dieux des anciens temps revenus au milieu des alpages provençaux converser et s'unir en ronde à côté des ruines où jadis on les adorait. En Espagne, les verdures sont lus sèches, les terres plus épaisses et l'opposition chérie des verts à l'infini et des rouges roussâtres ou violacés s'exaspère. En Grèce, c'est le retour à la ferveur tranquille, limpidité bénie d'un matin de Nauplie, fragile dans des ruines caressés de rayons par l'éternel amour. En Egypte, enfin, l'air s'allège encore, la terre uniformise ses effets, le foyer de tons chauds vient des monts lointains percés de tombes. Admirons partout l'art de créer la lumière par les nuances les plus simples, la justesse du coup d’œil qui trouve la valeur exacte pour modeler la montagne et l'arbre aussi bien que la colonne ou le sein; et cette belle épaisseur de matière onctueuse, fluente, moelleuse et mûre, sans lourdeur. Un portrait seulement, ce n'est pas assez pour saisir un des aspects les plus forts du talent de Girieud et nous n'avons que les photos de l'album Druet pour nous faire une idée de ces grandes compositions décoratives où Girieud a ressuscité l'audace de remplir de grands murs alors que personne, Maurice Denis à part, n'avait osé s'y remettre depuis Puvis de Chavanne. Un album de lithographies encore qui montre qui montre un sens étonnant des ressources de la composition à deux personnages, la ferveur de son goût pour l'antique et surtout, à l'état pur, ce dessin si précieux, ce crayon qui laisse par ses caresses sur les contours la savoureuse impression de l'acheminement patient et laborieux vers la perfection de la forme idéalement conçue. Avoir été chercher ce Maître pour lui demander la leçon de son expérience voilà qui fait honneur à l'Egypte contemporaine et au goût nouveau pour les arts qu'on y sent refleurir. - Reproduction du tableau : Le Parthénon

Tableau(x) cité(s)

Athènes le Parthénon - 1 - - 1931