| Pierre Girieud. Il n'y a pas d'art immoral, c'est entendu...
Mais l'art qui se donne pour but de reproduire les gestes de la volupté trouve-t-il sa raison d'être dans notre époque?
Les patriciennes romaines auraient-elles toléré dans leur chambre à coucher les peintures qui décoraient les lupanars de Suburre? La représentation d'un acte sexuel commande la volupté et non le désir de créer.
Parmi les œuvres des peintres du XIV° et du quinzième siècle, nombreuses sont les scènes bibliques qui auraient pu autoriser des interprétations voluptueuses. Je ne crois pas qu'aucun de ces artistes ait pensé à reproduire l'acte brutal dans les tentations du Paradis terrestre.
L'art qui représente la bête affolée, mourante de volupté, etc..., n'est pas le plus émouvant, bien qu'on en ait dit. Il est émouvant en certains temps et en certains lieux.
Si l'immoralité ne peut exister dans l'art; si un vrai chef-d'oeuvre est toujours noble, même quand il traduit des déchaînements de brute, ce chef-d'oeuvre doit rester caché dans les cartons de l'artiste, comme il cache dans son cœur les sentiments lubriques à ceux chez qui il doit agrandir ou justifier le désir. |